
Contre
Constance Meyer / Sébastien Pouderoux / Agathe Peyrard
Couple mythique dans l’histoire du 7e art, John Cassavetes et Gena Rowlands inspirent la première collaboration de la réalisatrice Constance Meyer et de Sébastien Pouderoux. Le binôme explore à travers ces deux pionniers du cinéma indépendant américain les difficultés inhérentes à la fabrication d'une œuvre. La pièce se concentre sur la période du film Une femme sous influence et les relations tumultueuses entre celles et ceux qui ont participé à l’aventure de ce cinéma devenu culte, en rupture avec une société patriarcale et une industrie hollywoodienne toute puissante. Elle raconte l’artiste Cassavetes, génial, rétif et souvent de mauvaise foi, dont l’œuvre novatrice aura payé, de son vivant, le prix de sa marginalité. Avec lui, Gena Rowlands, créatrice d’un style de jeu moderne, a imposé des personnages féminins d’une densité nouvelle, à la frontière entre la normalité et la folie.
Pour cette première avec la Comédie-Française, j'ai eu le privilège de travailler avec une équipe artistique incroyable. Au fil des répétitions, voir le jeu des comédiens et comédiennes se développer et se transformer était fascinant. Constance Meyer et Sébastien Pouderoux ont créé une pièce aux enjeux multiples, mais ils souhaitaient un espace unique sur scène qui sert de lieu de vie, de travail, de fête, de déposition de police ou d’émission critique… Avec la scénographe Alwyne de Dardel que j'ai eu le plaisir de retrouver sur ce projet, nous avons réalisé des tests bien en amont afin de trouver le dispositif et les matières qui permettraient de déployer ces différents lieux et temporalités.
Texte Constance Meyer, Agathe Peyrard, Sébastien Pouderoux
Mise en scène Constance Meyer, Sébastien Pouderoux
Dramaturgie Agathe Peyrard
Interprétation Sébastien Pouderoux, Dominique Blanc, Marina Hands, Nicolas Chupin, Jordan Rezgui, Antoine Prud'homme de la Boussinière, Rachel Collignon, Blanche Sottou
Scénographie Alwyne de Dardel
Costumes Isabelle Pannetier
Lumières Juliette Besançon
Son Clément Vallon
Vidéo Gabriele Smiriglia
Assistanat à la mise en scène Ferdinand Jeampy
Assistanat à la scénographie Inês Mota
Assistanat aux costumes Marine Dupont
Régie Lumières Emmanuel Ferreira, Cécile Bourrellis
Assistanat aux lumières Corentin Nagler
Photographies © Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française



La Discult ép. 09 : Juliette Besançon
Entretien réalisé par Amélie Blaustein-Niddam pour Cult.news le 24/10/2024


Davantage qu'un biopic ou une hagiographie, l’opiniâtreté sublime de ce couple méritait « une réflexion sur le rapport entre l’art et le conformisme», annoncent Constance Meyer et Sébastien Pouderoux, pour qui la radicalité et le jusqu'auboutisme sont sources de comédie. Ils multiplient les points de vue dans un montage de situations où l’on retrouve le couple et sa communauté d’amis, dont Peter Falk en représentant des acteurs fidèles, la grande critique américaine Pauline Kael, ou un jeune stagiaire inspiré des amateurs passionnés que Cassavetes entrainait dans son sillage. Contre, c’est l’histoire de gens qui s'acharnent à rester créatifs envers et contre tout, c’est un spectacle qui interroge les vertus et limites de l'irrévérence, et cet écart qui existe parfois entre ce qu’on dit, ce qu’on veut et ce qu’on fait.


Pas d’hagiographie sur le mode artiste révolutionnaire et génie incompris, ni déboulonnage d’un type manipulateur qui a le coup de poing facile et l’ironie péniblement adolescente, la pièce explose les cadres dans un espace unique, suffisamment ouvert pour être à la fois le lieu d’une scène de tournage d’Une femme sous influence, une émission de critiques «Pour ou contre Cassavetes», et un bureau de commissariat où tout le monde va défiler pour témoigner à la suite d’une plainte contre le cinéaste déposée par son chef op. Et c’est là, à cour, dans ce bureau à l’arrière-plan, que va se jouer le plus bel hommage du théâtre au cinéma. Les acteurs, techniciens, Cassavetes, Rowlands sont filmés gros plan face caméra, leurs Faces surdimensionnées envahissent l’espace.
Laurent Goumarre, Libération, le 06/10/2024



