Orchestre sur scène, bibliothèque et cyclorama au lointain, lumière froide.

Laborintus II

Luciano Berio / David Lescot

2023
présentation

         Laborintus II de Sanguineti et Berio est habité par de nombreux fantômes, et en particulier celui de Dante. Cette œuvre scénique est une allégorie, un documentaire, une danse, un poème radiophonique, tout cela à la fois. Chaque représentation de Laborintus II doit réinventer son « lieu et sa formule ». Ce labyrinthe est traversé de mille revenants, conviés par la mémoire humaine. Mémoire de l’espèce et du mythe (l’énumération des généalogies et le déluge) ; mémoire de l’Histoire (la culture et l’usure, ce « pêché contre-nature ») ; mémoire individuelle, intimement liée aux musiques qui la constituent. Laborintus II, mis en scène par David Lescot, s’achève sur une véritable ode à la musique et aux rêves sonores, conclusion inoubliable d’un chef d’œuvre absolu.

          Participer une nouvelle fois à une création de l'Ircam dans le cadre du festival Manifeste était une magnifique opportunité. La mise en scène de David Lescot a été source d'inspiration : suivre les mouvements musicaux virtuoses de l'ensemble Ars Nova et accompagner la voix ample de Serge Maggiani m'a passionnée. La mise en espace d'Alwyne de Dardel m'a permis d'exprimer pleinement les sensations que me procurait cette œuvre d'une grande richesse.

distribution

Composition Luciano Berio
Mise en scène David Lescot

Direction musicale Gregory Vajda
Récitant Serge Maggiani
Chanteuses, chanteurs et instrumentistes ensemble Ars Nova
Comédienne vidéo Emma Liégeois
Scénographie Alwyne de Dardel
Création lumière Juliette Besançon
Création vidéo Serge Meyer
Costumes Olga Karpinsky
Conseil informatique musicale Ircam Augustin Muller
Diffusion sonore Ircam Jérémie Bourgogne

Coproduction Ircam/Les Spectacles vivants Centre Pompidou, ensemble Ars Nova

Photo de couverture © Quentin Chevrier

Récitant déambule au milieu des musiciens, lumière bleutée intense.

"La Musique est toute relative, comme on voit dans les paroles harmonisées et dans les chants." © Quentin Chevrier

Comédien jetant des papiers en l'air, lumière franche et contrastée.
"J’appelais la Mort, et je disais : très douce Mort, viens à moi, je porte déjà ta couleur." © Quentin Chevrier 

          "Dans cette partie, dans cette partie de ma mémoire, dans cette partie du livre : dans cette partie du livre de ma mémoire commence une vie nouvelle." Les mots de Dante ouvrent, non sans hésitation, Laborintus II (1965), hommage de Berio pour le 700e anniversaire du Florentin. Convoquer la mémoire, c’est appeler le désordre. Le metteur en scène David Lescot évoque Saint Augustin : "La mémoire n’est pas un entrepôt bien rangé". Cette idée fonde l’espace scénique : "un musée personnel, labyrinthique, où s’entassent les souvenirs, les événements et les œuvres, ce qu’on a écouté, ce qu’on a filmé… Dans cet espace propice à l’interprétation, on est centré sur le narrateur, Serge Maggiani. Il peut être cet enfant qui rêve à la fin du texte : les musiciens qui jouent sont-ils sur la scène ou dans sa mémoire ?".

Jean-Guillaume Lebrun, La Terrasse, 19/02/2023

Choeurs en cercle avec partitions, lumière blanche zénitale.
© Quentin Chevrier 
Chanteuse sur scène, nimbée de lumière froide.
© Quentin Chevrier 
Scénographie intégrant un orchestre avec étagères, bobines de film, casiers de bureau, lumière ambrée et bleutée.
"Amour, pleurant, mangeant craintivement, un nuage couleur de feu." © Stéfanie Molter - ensemble Ars Nova

          L’intelligence de la mise en scène de David Lescot réside dans sa sobriété : très peu d’éléments, mais justement choisis, viennent s’immiscer dans cet oratorio dantesque. Ainsi, une scène voit Serge Maggiani fouiller et dépieuter une armoire d’archives en jetant des feuilles en tous sens, dans un jeu chaplinesque très réussi. À un autre moment, les chanteuses dansent et bouffonnent. À un autre, la vidéo d’une femme sur une plage, type Super 8, instille une possibilité d’amour. Autant d’indices dans ce « labyrinthe » de la mémoire du compositeur italien. Cette épiphanie musicale, qui nous laisse aussi abasourdis que ravis, comme le lecteur peut l’être par un passage de Joyce, sera longuement applaudie. Nul doute que Berio a atteint par cette oeuvre sa Vita Nova.

Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge, 08/06/2023

Comédien endormi sur un lit, comédienne devant des bobines l'observe, lumière tamisée et ambrée.
"Le soleil au milieu des arbres et les enfants qui dorment. Les enfants, qui rêvent, qui parlent, rêvant." © Quentin Chevrier 
Percussionniste sur une estrade joue devant un cyclorama et un dévidoir à bobines, lumière douce sépia.
"La Musique attire à soi les esprits humains, qui sont quasiment par essence des vapeurs du coeur." © Quentin Chevrier