Dialogue avec ce qui se passe
Nicolas Doutey / Adrien Béal
C’est une simple fiction qui part d’un détail. Que voulait écrire Alice à son neveu lundi dernier ? Sa difficulté à se souvenir de son idée, à retrouver le moment où elle lui était apparue, est le point de départ d’un drôle de cheminement collectif. Six personnages font avec nous des expériences intimes du temps. Comment les repères communs modèlent-ils le temps vécu ? Est-il possible de rendre la durée observable ou palpable ? Comment mettre la main sur le cours des choses ?
Après avoir vu plusieurs mises en scène de la compagnie Théâtre déplié, j'ai été ravie qu'Adrien Béal me propose de rejoindre l'équipe de Dialogue avec ce qui se passe. Le travail au plateau que propose Adrien en répétition m'a tout de suite plu : "Le théâtre que nous cherchons se loge dans les rapports – rapport scène/salle, rapport à l’autre, au groupe, au langage, à la vérité… Il tente de saisir notre monde et notre temps, en travaillant à petite échelle. Il se nourrit de littérature, de philosophie, et s’appuie sur l’art de l’acteur pour s’écrire. Il considère le plateau comme un lieu d’expérience. Il observe et décortique patiemment nos comportements d’humain·e·s." Ce rapport au public, à la temporalité et à la mise en valeur du lieu de la représentation ont été au cœur du travail de création lumière.
Texte Nicolas Doutey
Mise en scène Adrien Béal
Collaboration artistique Yann Richard
Jeu Lou-Adriana Bouziouane, Pierre Devérines, Émile-Samory Fofana, Julie Lesgages, Louis Lubat et Laurence Mayor
Scénographie Lucie Gautrain et Daniel Jeanneteau
Lumières Juliette Besançon
Costumes Elise Garraud
Régie générale et son Martin Massier
Régie lumière Théo Tisseuil
Assistanat mise en scène Alice Roudier
Participation construction décor Blandine Massier
Direction de production et développement Fanny Paulhan
Chargé de production Pierre Moinet
Régie Studio théâtre VitryCédric Jaburek
Photographies © Jean-Louis Fernandez
"j’étais assise à ma table, la lumière entrait par la fenêtre, à gauche, la lumière douce de fin d’après-midi, précise, latérale"
"j’essaie de me rappeler comment je l’ai pensée lundi à ma table mais ça me paraît loin et reculé par rapport à maintenant et ici"
Le texte, comme la représentation qui en découle, essaie d’interroger notre rapport aux expériences que l’on fait de la temporalité. Comme toujours dans l’écriture de Nicolas, tout part d’un petit événement et, ensuite, les personnages et le public expérimentent ensemble un cheminement de pensée qui leur fait appréhender le cours des choses de manière surprenante et renouvelée. Le théâtre que l’on cherche à créer s’étonne du fait théâtral, c’est-à-dire de cette situation où des gens se rassemblent pour regarder d’autres gens faire quelque chose en se sachant regardés.
Adrien Béal
"il y a donc bien quelque chose qui se passe dehors comme je l’avais perçu et qui se passe complètement n’importe comment"
"on peut se demander si on n’est pas en train de vivre les premiers frémissements de ce qui pourrait devenir un tournant historique en ce moment même"
"parfois je me dis qu’on est peut-être dans l’imminence de quelque chose de formidable, (...) et ça me donne envie de faire des choses, de façon déterminée, et combative et calme"
Dialogue avec ce qui se passe alterne ainsi entre mises en abîme et réflexion collective, ou "dépliement" de l’instant présent. Toutes les pensées et sensations traversant un simple instant se trouvent ici disséquées à voix haute par les protagonistes, qui existent essentiellement par la langue de Nicolas Doutey, dont les mots simples forment des pensées complexes.
Anaïs Heluin, sceneweb.fr, le 15/06/25

